C’est l’acronyme pour Grandes-Antilles (GA), Ride d’Aves (AR) et Petites-Antilles (Anti).

Aujourd’hui, dans les Grandes et Petites-Antilles la biodiversité est particulièrement riche mais en partie menacée, ce qui en fait un des 25 “hots spots” de biodiversité identifié par Norman Myers1. Il faut souligner que ces îles sont au 3ème rang mondial en termes d’endémisme, avec 74% des mammifères, 100% des amphibiens, 95% des reptiles, 26% des oiseaux et 72% de la flore qui n’existent pas naturellement dans d’autres régions de la planète.

Dés 1839, dans son ouvrage “Le voyage du Beagle”, Charles Darwin note que “le caractère sud-américain des mammifères antillais semble indiquer que cet archipel était autrefois uni au continent méridional (l’Amérique du Sud), et qu’il a ensuite été une zone d’affaissement”. Plus loin dans la publication il émet l’hypothèse que “les affaissements récents des terres dans l’archipel des Indes occidentales (les Antilles) comme cause de la séparation zoologique actuelle des deux Amériques”.

Cependant, il faudra attendre les résultats des campagnes2 d’exploration géophysiques des fonds sous-marin des années 70-80, puis la fin des années 90 pour voir émerger un modèle théorique reposant sur des arguments paléontologiques et géologiques : le GAARLANDIA ou la “terre” des Grandes Antilles et de la Ride d’Aves3. Ce modèle, encore débattu de nos jours, propose qu’un ancien arc volcanique ait émergé entre 35 et 33 Ma et ait connecté l’Amérique-du-Sud aux Grandes-Antilles, favorisant ainsi la dispersion des espèces terrestres sud-américaines à travers toutes les Antilles. Puis la ride d’Aves aurait disparu sous le niveau de la mer par subsidence4, laissant uniquement en surface l’île d’Aves. Ce nouvel épisode aurait alors isolé les Grandes-Antilles de l’Amérique-du-Sud, permettant une évolution insulaire des espèces et favorisé le développement de l’endémisme. Il faut souligner que dans ce modèle le domaine des Petites Antilles est considéré comme étant immergé et ne jouant aucun rôle dans la dispersion des espèces.

Pour apporter des éléments qui permettraient de valider (ou invalider) cette hypothèse, les objectifs du projet GAARAnti sont :
1/ de reconstituer l’histoire des mouvements verticaux (soulèvement et subsidence) de la ride d’Aves mais aussi des Petites Antilles ; d’où le nom du projet car les Petites Antilles auraient pu faire partie aussi du GAARLANDIA. Cette histoire sera étudiée à la fois dans les îles actuelles et dans le domaine sous-marin (campagne en mer).
2/ de reconstituer l’histoire de la biodiversité Petites et Grandes Antilles au travers de la recherche d’espèces fossiles dans les formations géologiques des îles actuelles et de l’étude du génome d’espèces actuelles ou fossiles très récentes (< 100 000 ans).
3/ de proposer des modèles d’évolution géologique de la subduction des Petites Antilles qui permettent d’expliquer les mouvements verticaux observés et des modèles d’évolution biologique qui prennent en compte les nouvelles contraintes géologiques.

1 Biodiversity hotspots for conservation priorities
2 Fox et al., 1971 ; Nagle et al., 1972 ; Bouysse et al., 1981
3 Iturralde-Vinent & McPhee, 1999
4 “affaissement” chez Darwin

Carte montrant le “hotspot” des Caraïbes (publication du Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques, 2010).

Charles Darwin (1809-1882) naturaliste et paléontologue anglais est célèbre grâce à sa théorie de l’évolution, mais nous connaissons moins son intérêt pour la géologie.