Dans la nuit de dimanche à lundi, alors que nous parcourions le troisième profil avec le dispositif des canons en marche, nous avons dû faire face à un des aléas de l’acquisition sismique marine !

Il est 1h30 du matin quand soudain notre Observateur des mammifères marins [voir article du 10/05/2017 ] ôte le casque audio qui le relie à l’instrument acoustique de détection et nous annonce :
– « On a des dauphins dans le coin !  On ne sait pas encore à quelle distance ils sont et plusieurs écoutes sont nécessaires pour les localiser plus finement ! ».

L’équipe d’acquisition sismique est alertée et prête à stopper les tirs si la présence des dauphins dans un rayon de 500 mètres est confirmée. L’ambiance assez calme des quarts de nuit s’est brutalement transformée. On sent une agitation discrète au sein de l’équipe. Nous sommes trois, postés derrière notre PAM qui est plongé dans ses écrans et calculs de position. On attend !

On attend anxieusement même ! Car qui dit dauphins, dit arrêt des tirs et qui dit arrêt des tirs, dit changement de plans.

Dinis, notre PAM se retourne et nous dit  – « Ils sont partout ! »

Immédiatement les tirs sont stoppés et le protocole à appliquer en cas de présence de mammifères marins est lancé : réveiller les chefs de mission, entrer dans une phase d’écoute qui doit durer 20 minutes après la dernière détection, puis lancer le pré-watch qui est la phase réglementaires de 2 heures avant la reprise des tirs.

Il y aura donc, au minimum, un arrêt des tirs de 2h20 en plein milieu de notre profil de réfraction et ça va avoir une incidence sur nos données. Que faut-il faire ? Les chefs de mission, le commandant et le chef de l’équipe d’acquisition se réunissent en passerelle (poste de commande du navire) pour décider de la marche à suivre. Ils évaluent les différentes options qui vont de la remontée des canons avec demi-tour et retour sur le point d’arrêt des tirs à la poursuite du profil à vitesse minimale jusqu’à la reprise de tirs. Chaque option à ses avantages et ses inconvénients qui peuvent être de différents ordres : pratique, sécurité, timing, objectifs, … Cette fois ci, la décision de continuer le profil a été prise. La présence de DCP, qui sont des « dispositifs fixes de concentration de poissons » constitué de cordes, de bouées et de filets, non référencés, rendent tout écartement de la route, de nuit et sans reconnaissance, dangereux. En effet, la probabilité d’en rencontrer un sur notre route, et ce sans possibilité d’évitement, est grande. Or, si un DCP s’accroche au dispositif de canons, cela peut causer des dégâts considérables et là c’est toute la mission qui est en péril. En termes de timing, le demi-tour nous aurait fait perdre trop de temps sur la planification de fin de mission qui sera consacré à la reconnaissance des DCP.
Ainsi, même si elle implique une perte de données, la décision de poursuivre le profil avec un gap de tirs est la plus raisonnable pour la suite des opérations. En route !

Milton Boucard