Méthodes, techniques, …

Sur la deuxième partie de la mission, les données sont récoltées à l’aide de deux techniques complémentaires appelées la sismique multi-trace et la sismique haute résolution. Ces méthodes, aux noms un peu barbares, permettent de reconstituer des images des fonds marins ainsi que des différentes couches qui composent le sous-sol. Des données qui vont permettent aux géologues d’essayer de reconstituer l’histoire géologique de la région des Caraïbes. (article rédigé par Léo Pierre)

La sismique multitrace (SMT) :
Cette technique consiste à générer des ondes sonores de basses fréquences (~20 Hertz) qui vont se propager dans le sous-sol. A l’interface entre les différentes formations géologiques du sous-sol, une partie des ondes est renvoyée. Les géologues utilisent le temps nécessaire aux ondes pour l’aller/retour afin d’obtenir une image en coupe du sous-sol pouvant aller jusqu’à 25 km de profondeur. Cette image révèle bien les formations sédimentaires du bassin mais également les structures qui se trouvent en dessous.
* 1 nœud = 1 mile nautique par heure soit 1,852 kilomètres par heure.

La technique de la sismique multitrace.

Image en coupe produite par la sismique multitrace.

Le sondeur de sédiment (SDS) :
Cette méthode consiste à générer des ondes sonores de très hautes fréquences (de 1800 à 5300 Hertz) qui vont pénétrer seulement les premières couches du sous-sol. A chaque interface entre les couches sédimentaires très fines, une partie des ondes est renvoyée et permet au géologue de reconstruire une image détaillée des 100 premiers mètres du sous-sol.
Pour plus d’informations voir les articles précédents : 11/05 ; 17/05

Image haute résolution en coupe produite par le sondeur de sédiment.

En plus de la sismique multitrace et du sondeur de sédiment, l’Atalante possède également un sondeur multifaisceau qui permet d’avoir une idée très précise de la topographie des fonds marins. Avec ses 432 faisceaux acoustiques générant des ondes de haute fréquence (12 kHz), ce dispositif permet aux scientifiques de dresser des cartes 3D du fond de l’océan. Situé sous la coque du bateau et diffusant les ondes acoustiques sous forme de cône, cet instrument permet de cartographier une zone d’environ 3 à 4 km de large. (article rédigé par Léo Pierre)

Technique du sondeur multifaisceau.

Le niveau de détail très important de cet outil permet aux géologues de définir les futurs endroits de dragage (récolte de roche) prévus lors de la troisième partie de la mission. Déjà, de très beaux sites ont été identifiés comme ce relief (baptisé « le château cathare ») dont une partie s’est effondrée révélant l’accès aux couches de roches anciennes.

Site de dragage du « château cathare ».

Le but de ce dernier leg est de prélever du fond de la mer des échantillons de roches qui une fois analysés valideront, dans le meilleur des cas, l’hypothèse d’émersions qui auraient permis le passage de certaines faunes d’Amérique du Sud vers les Grandes Antilles au Cénozoïque.

La zone de dragage préalablement programmée et validée par le commandant (article du 16/06) peut changer plusieurs fois par jour. C’est le rôle des chefs de mission de prévoir des plans B qui évolueront en fonction de la météo mais également en fonction du contenu de la drague précédente et du temps qu’a duré l’opération. En effet, il arrive souvent que la drague reste crochée au font et que le navire soit obligé de manœuvrer longuement pour libérer la drague. De jour comme de nuit, la vie à bord est rythmée par les mises à l’eau et remontées de la drague.

Quelques notions  indispensables :

Une drague : on pourrait imaginer une énorme passoire, composée d’un anneau sur lequel sont fixées des dents en tungstène, comme celles d’un godet de pelle mécanique. Sous l’anneau est fixé un filet en grosses mailles métalliques qui réceptionne les échantillons. La drague est  attachée  à une lourde chaîne qui lui sert de lest puis un câble de plusieurs kilomètres relié au bateau.

Draguer : le moment où la drague est posée sur le fond et  tirée par le navire.

Une croche : c’est l’instant où le tensiomètre fixé sur la poulie de la drague enregistre une forte tension occasionnée par la rencontre de la drague avec un obstacle au fond.

La « fin de croche » annoncée par la  timonerie est le moment où la tension du câble chute brutalement, ce qui indique que l’obstacle a cédé. C’est à ce moment-là que l’on peut espérer avoir rempli le filet avec un morceau de roche  arraché au fond. Il faut la plupart du temps attendre une dizaine de croches pour remonter la drague avec son contenu.

Chacun peut suivre la manœuvre en cours  grâce à des écrans répartis dans les endroits stratégiques du bateau. On peut y lire la vitesse du courant, la position et la vitesse du bateau, la  vitesse du vent, la profondeur d’eau, la longueur de câble filée, et la  tension du câble qui peut varier de 2 à 20 tonnes. Toutes ces informations  sont minutieusement notées sur les Fiche de dragage tenues par le « chef de quart ».


Les quelques minutes qui précèdent la remontée de la drague  sur le pont, déclenchent une certaine  « tension ». Interdit de pont arrière le temps de la  manœuvre, les spécialistes des sédiments, des roches volcaniques ou des micro-organismes comme les foraminifères*, géologues en tous genres attendent fébrilement l’autorisation du Bosco (Chef du pont arrière) pour aller voir le contenu de la drague. C’est une surprise à chaque fois ! parfois bonne, parfois moins , comme lorsque la drague remonte des fonds 100 kilos d’argile !

*Les foraminifères sont des organismes unicellulaires marins à squelette calcaire qui permettent de dater les calcaires ou les sédiments dont ils sont extraits.