Sur le site web de l’Ifremer vous pouvez suivre le trajet de L’Atalante d’heure en heure (précisez dans le calendrier une date ou la période correspondant à la campagne).

Les articles du Carnet de bord ont été rédigés et illustrés depuis l’Atalante par Serge Lallemand (Co-chef de mission), Milton Boucard (en thèse à l’Université des Antilles), Léo Pierre (en master Médiation scientifique à l’Université de Montpellier) et Anne Delplanque. Merci à tous !

L’objectif principal de la campagne GARANTI est de reconstituer l’évolution de la morphologie de la région des Caraïbes, comprenant l’archipel des Petites Antilles ainsi que le domaine situé à l’ouest de celui-ci. On s’intéresse plus particulièrement à l’origine des reliefs actuels de la ride d’Aves et du bassin de Grenade.

Pour cela, il nous faut imaginer l’organisation et la nature des structures du substratum (en marron sur la figure ci-dessous) et de la couverture sédimentaire (en jaune) en utilisant différentes techniques de prospection indirectes.

La zone de subduction des Petites Antilles est la conséquence de la convergence entre les plaques américaines et la plaque des Caraïbes (symbolisée par la flèche). Elle est responsable du volcanisme de la région et des déformations de part et d’autre de l’arc volcanique des Petites Antilles. En particulier, l’importante courbure de cette zone de subduction (noté fosse des Petites Antilles) qui génère des déformations au nord du bassin de Grenade. En effet, on remarque des reliefs plus importants au nord du bassin de Grenade que dans le sud, qui a des profondeurs typiques de bassin océanique.

hypothèse de travail : l’un des scénarios testé lors de cette mission est qu’au crétacé supérieur (il y a 100 à 66 millions d’années), voire au Paléogène (il y a 66 à 30 millions d’années), le domaine s’étendant de la ride d’Aves à l’arc volcanique des Petites Antilles aurait pu être émergé, voire former une cordillère. Il aurait ainsi pu servir de pont terrestre à certaines espèces de mammifères puis s’effondrer sous l’effet de la subduction atlantique jusqu’à atteindre la configuration actuelle à la fin du Paléogène.

Léo Pierre

À l’aube, le navire océanographique L’Atalante sort de la rade de Pointe-à-Pitre pour une première mission (il y en aura trois) de 3 semaines d’acquisition sismique, dite de réfraction, qui permettra de contraindre la vitesses de propagation des ondes dans les roches sous les fonds océaniques de la région située à l’ouest de l’archipel des Petites Antilles. Quatorze scientifiques sont à bord ainsi qu’une quarantaine d’hommes d’équipage et quatre observateurs de mammifères marins.

Mise à l’eau d’un OBS

Afin de déterminer le type de roches et la géométrie des différentes couches sous les fonds océaniques, l’équipe déploie 40 sismomètres fond de mer le long d’un transect au centre du Bassin de Grenade à l’ouest de l’archipel des Petites Antilles. Les sismomètres sont assemblés à bord avec un lest qui les fera couler et assurera le contactavec le fond océanique. Les sismomètres sont espacés de 6 à 8 km. Dans un second temps, le navire repassera sur les instruments en tirant toutes les minutes à l’aide d’une grappe de 18 canons à air immergés. Les ondes, après avoir traversé la couche d’eau, pénètrent dans le sous-sol jusqu’à des profondeurs de 10 à 30 km environ. Elles se réfléchissent sur les différentes couches du sous-sol et sont récupérées par les instruments posés sur le fond. Un dernier passage le long de la même ligne permet de récupérer chaque instrument à bord. Pour cela, un signal est envoyé sur chaque instrument qui se désolidarise de son lest et remonte par flottabilité. Les enregistrements sont ensuite transférés sur un disque dur pour analyse ultérieure. Six jours seront nécessaires pour réaliser ce premier transect de 400 km de long. De la même manière, trois transects seront réalisés au cours du premier leg de la campagne.

En jaune, la flûte avant son déploiement.

La mission continue !

Une fois les sismomètres de fond de mer (OBS) déployés, nous avons entamé l’acquisition de la Sismique Multi-Traces (SMT). Pour ce faire, nous avons déployé la « flûte » qui est traînée à l’arrière du bateau. Il s’agit d’un dispositif de 4,5 kilomètres de long parcouru d’hydrophones. Les hydrophones étant des capteurs qui permettent d’enregistrer la réponse du sol aux impulsions sismiques générées par la grappe de canons à air.

A l’instar des OBS, le dispositif canons à air / flûte permet d’imager, en coupe, la structure de la terre sur plusieurs kilomètres de profondeur !

Les canons à air sont rangés en file sur le pont avant leur mise en place dans l’eau.

Sur la vidéo, on observe la bulle d’air qui remonte à la surface après un tir. C’est la formation, quasi- instantanée, de cette bulle dans l’eau (dilatation d’air sous très haute pression) qui est à l’origine du front d’onde sismique !

Armés de leurs appareils photos, leurs instruments de mesure acoustique et leurs jumelles, Les “MMO” et les “PAM” sont nos yeux et nos oreilles.

Leur mission est en priorité de surveiller la présence de mammifères marins qui pourraient souffrir des ondes de choc générées par les sources sismiques à courte distance. Alors, si d’aventure une baleine, un dauphin ou un autre mammifère marin, pénètre pendant un tir dans le périmètre de sûreté de 500 mètres, les tirs sont immédiatement stoppés le temps de sa présence. Lorsqu’il sort du périmètre de sécurité, les tirs reprennent avec une intensité croissante suivant un protocole précis (voir l’article « Le protocole de surveillance des cétacés »).
Mais ce n’est pas tout, ils sont aussi à bord pour repérer, observer et décrire les spécimens marins ou volants croisés sur notre route. Leur connaissance de la biologie marine leur permet, de caractériser les différentes espèces rencontrées. Ces données serviront à accroître les connaissances de la faune (mammifères marins et oiseaux) de la mer des Caraïbes. Ils profitent également de leur rôle d’observateur pour consigner tout d’objet d’origine anthropique comme du matériel de pêche, des déchets flottants, etc.

Milton Boucard

Dauphin à long bec

Fou masqué

Les MMO sont les yeux et les oreilles du navire en ce qui concerne la faune marine. Leur première mission : s’assurer qu’aucun cétacé ne se trouve autour du bateau au moment des tirs. Un rôle primordial pour assurer le respect de la vie marine (cet article, en complément de celui du 10/05, apporte les précisions sur le protocole de surveillance des mammifères marins appliqué quotidiennement par les Marine Mammals Observers ).

Avant chaque série de mesures nécessitant des tirs sismiques, les MMO scrutent l’horizon et tendent l’oreille pour s’assurer qu’aucun mammifère marin ne se trouve dans les environs. Si aucun dauphin ou baleine n’est détecté durant la première heure d’observation (prewatch), les tirs peuvent commencer. Leur intensité est augmentée progressivement (ramp-up) durant la première demi-heure afin que les éventuels cétacés non décelés puissent s’éloigner du bateau en toute sécurité. Durant l’acquisition des données, les MMO continuent de surveiller les alentours de l’Atalante armés de leurs jumelles, appareils photo et enregistreurs acoustiques (PAM : Passive Acoustic Monitoring). Si des mammifères marins s’aventurent dans un périmètre de 500 mètres autour du bateau, tous les tirs sont immédiatement arrêtés et le protocole est recommencé depuis le début. Les jours de mauvais temps ou durant la nuit, la durée de l’observation avant de commencer les tirs est augmentée jusqu’à deux heures et la surveillance se fait surtout par les mesures acoustiques.

Léo Pierre

Pour rappel, nous avons parcouru deux fois le premier profil d’acquisition :
– Un aller du Nord au Sud pour déposer les OBS (Ocean bottom seismometers) à intervalle régulier le long du profil. Une fois cette opération terminée, les OBS sont en place et prêts à enregistrer les tirs.
– Un retour du Sud au Nord pour acquérir les données de Sismique Multi-Traces (SMT). On enregistre la réponse du sol aux impulsions sismiques via les OBS (profil de sismique réfraction) et via la flûte (profil de sismique réflexion).

Il s’agit maintenant de parcourir une troisième (et dernière) fois le profil pour récupérer les sismomètres. La procédure est la suivante :

1 – Déclenchement de la remontée des OBS (le largage) : lorsqu’on se rapproche du point de mise à l’eau d’un OBS, on émet un signal acoustique. Ce signal a une fréquence particulière et propre à chaque OBS. Le sismomètre est muni d’un récepteur qui, une fois à portée du signal, déclenche un dispositif de largage. L’OBS se désolidarise alors du lest qui lui a permis de couler et de rester «posé» sur le fond. Il remonte donc progressivement jusqu’à la surface. Évidemment, le temps de remontée est fonction de la profondeur.

Localisation visuelle d’un « Sismomètre fond de mer » OBS.

2 – Repérage de l’OBS en surface : entre temps, nous arrivons sur le point de mise à l’eau et le bateau se met en position stationnaire. On attend ! Une fois l’OBS en surface nous combinons différentes techniques pour le localiser puis l’avoir en visuel. Plusieurs équipes sont nécessaires. L’équipe en charge des OBS utilise un dispositif VHF (Very High Frequency) qui permet d’obtenir une position relative par rapport à celle du bateau. Le positionnement n’est pas d’une grande précision mais cela permet d’avoir une idée d’où chercher. Une autre équipe, en passerelle, est munie de jumelles et scrute la surface de la mer. De nuit, l’OBS émet des flashs lumineux qui nous permettent de le repérer. En communiquant, les deux équipes précisent la position de l’OBS et le localisent.
3 – Récupération à bord de l’OBS : il s’agit maintenant de manœuvrer avec précision le navire pour rejoindre la position et se placer juste à côté de l’OBS. Une troisième équipe, sur le pont, est chargée d’attraper, au passage, le matériel avec une gaffe et de le remonter à bord. Une fois la récupération achevée, on se remet en route vers le suivant !

Récupération des données

4 – Récupération des informations : l’équipe OBS est chargée de récupérer les informations enregistrées et stockées dans chacun des OBS. Ces données seront ensuite traitées et interprétées pour obtenir une coupe sismique (≈ 30 km de profondeur) dite de réfraction !

Milton Boucard

Six jours ont passé depuis les dernières news. Il s’en est passé des choses !

Nous avons terminé l’acquisition du premier profil sismique (profil Nord-Sud et parallèle aux marges du bassin de Grenade) et nous sommes actuellement en passe de finir le second (récupération des OBS en cours).

Ce dernier, d’une direction globalement Est-Ouest, débute au Nord de St-Vincent (à l’Est) et se termine à l’aplomb de la ride d’Aves (à l’Ouest) (Cf. Carte de localisation) .

Transversal au bassin, ce transect nous permettra d’imager, en coupe, la structure du bassin sédimentaire et de son socle, et ce, d’une extrémité (marge) à l’autre. Nous serons donc à même de mieux contraindre la dynamique de la formation du bassin dans l’espace et le temps. Il s’agira, in fine, d’apporter des pièces nécessaires à la reconstitution du puzzle que constitue l’histoire géologique de l’arc des Petites-Antilles.
Pour réaliser une bonne interprétation géologique il faut, en support, des images de qualité. Pour ce faire, nous avons recours aux procédés de contrôle qualité et de traitement depuis l’acquisition jusqu’à l’obtention de l’image finale. Ils nous permettent de passer des données brutes aux profils sismiques finaux, prêts à être interprétés. Ces deux éléments sont donc cruciaux pour la suite des opérations.

En quoi consistent l’acquisition de la SMT et le traitement des données ?

L’acquisition SMT : Pour rappel, les signaux sismiques émis par les canons à air sont enregistrés par les hydrophones de la flûte après qu’ils se soient réfléchis sur les différentes interfaces géologiques des 30 premiers kilomètres de la terre. Ces données arrivent jusqu’au conteneur d’acquisition où s’effectuent l’enregistrement et le contrôle qualité. L’équipe d’acquisition, par le biais de leurs écrans, s’assure que le dispositif flûte-canons fonctionne correctement, et ce, 24h/24. Ils ont accès aux différents paramètres de l’acquisition, tel que la profondeur de la flûte par exemple, et effectuent une correction si d’aventure l’un d’eux varie trop (Cf. Photo du local d’acquisition sismique).


La deuxième phase du contrôle qualité est effectuée sur le logiciel QCSolid de l’IFREMER (QC pour Quality Check). Ce software nous permet, en post-acquisition, de contrôler à nouveau la qualité des enregistrements de façon plus fine et d’effectuer des opérations de prétraitement. A ce stade nous savons si les données sont de qualité mais elles nécessitent des traitements plus avancés pour pouvoir être interprétées plus finement. On les envoie alors au local de traitement. Le traitement de la SMT : Globalement, le traitement consiste à trier et organiser des données individuelles (signal enregistré par chacun des hydrophones, pour chacun des tirs et sur l’ensemble du profil) pour qu’elles forment une section somme : le profil sismique.

Extrait d’une petite partie d’un profil de SMT.

Le traitement permet en particulier de nettoyer le signal des bruits (signaux indésirables), qui peuvent être de sources diverses et variées et qui polluent la donnée (qui cachent les réflexions utiles). Pour ce faire, on utilise le logiciel Géovation de la CGG. Il s’agit alors de configurer une chaîne de traitement fonctionnelle et adaptée aux données. Elle sera composée d’une multitude d’opérations (jobs) qui seront effectuées les unes après les autres, telles que des tris ou des filtres de fréquence par exemple, et de de nombreux pointés. La progression s’effectue par aller-retour constant entre les différentes étapes. La condition sine qua none pour l’obtention d’un profil sismique de qualité est d’avoir un paramétrage et un déroulé adéquats pour chacun de ces jobs. Le traitement fait à bord doit suivre le rythme cadencé de l’acquisition. Or, la qualité de l’image finale dépend de la précision de la chaîne de traitement. Plus une chaîne de traitement est efficace et précise, plus elle est longue à configurer et à « faire tourner ».

Il convient donc, à bord, de trouver un juste équilibre entre le temps de traitement et la qualité d’image en sortie. La chaîne de traitement, dite de bord, nécessitera une autre phase de configuration, plus fine, une fois à terre et qui permettra de rendre la donnée publiable.

Milton Boucard

Dans la nuit de dimanche à lundi, alors que nous parcourions le troisième profil avec le dispositif des canons en marche, nous avons dû faire face à un des aléas de l’acquisition sismique marine !

Il est 1h30 du matin quand soudain notre Observateur des mammifères marins [voir article du 10/05/2017 ] ôte le casque audio qui le relie à l’instrument acoustique de détection et nous annonce :
– « On a des dauphins dans le coin !  On ne sait pas encore à quelle distance ils sont et plusieurs écoutes sont nécessaires pour les localiser plus finement ! ».

L’équipe d’acquisition sismique est alertée et prête à stopper les tirs si la présence des dauphins dans un rayon de 500 mètres est confirmée. L’ambiance assez calme des quarts de nuit s’est brutalement transformée. On sent une agitation discrète au sein de l’équipe. Nous sommes trois, postés derrière notre PAM qui est plongé dans ses écrans et calculs de position. On attend !

On attend anxieusement même ! Car qui dit dauphins, dit arrêt des tirs et qui dit arrêt des tirs, dit changement de plans.

Dinis, notre PAM se retourne et nous dit  – « Ils sont partout ! »

Immédiatement les tirs sont stoppés et le protocole à appliquer en cas de présence de mammifères marins est lancé : réveiller les chefs de mission, entrer dans une phase d’écoute qui doit durer 20 minutes après la dernière détection, puis lancer le pré-watch qui est la phase réglementaires de 2 heures avant la reprise des tirs.

Il y aura donc, au minimum, un arrêt des tirs de 2h20 en plein milieu de notre profil de réfraction et ça va avoir une incidence sur nos données. Que faut-il faire ? Les chefs de mission, le commandant et le chef de l’équipe d’acquisition se réunissent en passerelle (poste de commande du navire) pour décider de la marche à suivre. Ils évaluent les différentes options qui vont de la remontée des canons avec demi-tour et retour sur le point d’arrêt des tirs à la poursuite du profil à vitesse minimale jusqu’à la reprise de tirs. Chaque option à ses avantages et ses inconvénients qui peuvent être de différents ordres : pratique, sécurité, timing, objectifs, … Cette fois ci, la décision de continuer le profil a été prise. La présence de DCP, qui sont des « dispositifs fixes de concentration de poissons » constitué de cordes, de bouées et de filets, non référencés, rendent tout écartement de la route, de nuit et sans reconnaissance, dangereux. En effet, la probabilité d’en rencontrer un sur notre route, et ce sans possibilité d’évitement, est grande. Or, si un DCP s’accroche au dispositif de canons, cela peut causer des dégâts considérables et là c’est toute la mission qui est en péril. En termes de timing, le demi-tour nous aurait fait perdre trop de temps sur la planification de fin de mission qui sera consacré à la reconnaissance des DCP.
Ainsi, même si elle implique une perte de données, la décision de poursuivre le profil avec un gap de tirs est la plus raisonnable pour la suite des opérations. En route !

Milton Boucard

La fin du premier leg approche. Nous venons de terminer le dernier profil de réfraction et nous consacrerons la fin de la mission à la reconnaissance de DCP et à l’acquisition de données bathymétriques (topographie des fonds marins).

Demain soir, nous arriverons à quai à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) où nous effectuerons une courte escale d’une petite journée. Une partie de l’équipage débarquera alors que de nouveaux arrivants feront leur entrée. Ce sera aussi l’occasion de faire le plein de vivres et de matériel pour le leg 2.

Ce dernier édito* est consacré à la vie à bord du navire l’Atalante

©Deny Malengros

Si l’Atalante est un lieu de travail, il est tout autant un lieu de vie qui se révèle être propice à une foultitude de nouvelles connaissances (techniques, scientifiques ou autre), au partage et à la vie communautaire en général et ce dans un environnement peu commun.
Nous sommes un peu moins d’une soixantaine à bord et la plupart d’entre nous fonctionnent en quart. C’est-à-dire que nous travaillons par équipe de trois personnes sur chaque poste. Chacun effectuant, à tour de rôle, 2 fois 4 heures travaillées suivies de 8 heures de temps libre.
Aussi, alors que certains travaillent de 8h à midi et de 20h à minuit, d’autres seront en service de minuit à 4h puis de midi à 16h. Cette organisation permet de faire fonctionner chaque poste 24h/24 et 7J/7. Il n’est pas rare de croiser, au réveil, des membres de l’équipage qui eux vont se coucher et souvent les « bonjour » ont pour échos des « bonsoir » car les notions de temps prennent ici une toute autre dimension et il est vite arrivé de s’y perdre. Nos journées sont rythmées par les repas (d’une grande qualité, merci à l’équipe en cuisine) qui sont servis à heure fixe tous les jours avec un menu spécial (de fête !) le dimanche.

©Maud_Fabre

En dehors de nos heures travaillées et de nos heures de repos (bien méritées) chacun est libre de vaquer à ses occupations. Les possibilités sont nombreuses. Nous pouvons utiliser ce temps pour communiquer avec nos proches ou encore se renseigner sur ce qui s’est passé à terre dans cette société qui nous apparait bien lointaine depuis notre microcosme. Certaines fois, nous optons pour un petit moment de solitude en allant bouquiner sur la plage avant ou en se motivant pour aller suer corps et âme sur un vélo d’intérieur à la salle de sport. D’autres fois, l’instinct grégaire nous fait nous retrouver.

©Deny Malengros

Marins, sédentaires et scientifiques se réunissent et nous nous adonnons à une petite partie de pêche à la traine ou encore à un « bœuf ». Réunissant divers instruments allant de la guitare à la basse en passant par l’accordéon et la scie, oui oui la scie ! Ce sont des moments où l’échange humain est à son paroxysme et où nous apprenons les uns des autres.
Puis … et bien il est temps de s’y remettre

Milton Boucard

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* NDLR : Milton Boucard (en thèse à l’Université des Antilles) grâce à qui nous avons pu suivre les premières semaines de l’expédition scientifique est remplacé par Léo Pierre (en master Médiation scientifique à l’Université de Montpellier) pour les articles du leg2. Merci Milton !

L’Atalante au port de Pointe-à-Pitre.

Hier soir, l’Atalante est revenu à quai au port de Pointe-à-Pitre. L’occasion pour tout l’équipage de remettre les pieds sur terre pour quelques heures.

L’espace d’une soirée, l’équipe se détend, accueille les nouveaux arrivants et dit au revoir aux partants. Le lendemain, il est temps de refaire le plein de vivres avant de repartir en fin d’après-midi.
À 17h, le bateau reprend la mer. La deuxième partie de la mission (Leg2) commence et durera 20 jours. Dès les premières heures de navigation, les rôles sont attribués. Chacun reprend ses marques et les nouveaux venus s’habituent petit à petit au roulis du bateau. Les personnes de quart s’organisent pour pouvoir recueillir les premières données vers 4h30 du matin, une fois le matériel mis à l’eau. S’en suivra une série de mesures qui devrait se poursuivre le lendemain.

Léo Pierre

L’île de Montserrat

Depuis deux jours, l’acquisition des données va bon train. À part deux arrêts dus à des dauphins croisant la route de l’Atalante, l’équipe s’occupe des données des deux transects déjà réalisés et se dirige vers le nord de l’arc des Caraïbes.
En fin de journée, le bateau a approché les côtes de l’île de Montserrat. Son cratère éventré laisse imaginer le cataclysme qui s’est joué ici en 1997. Le 25 juin de cette année, le volcan de la Soufrière est rentré en éruption, ensevelissant la capitale de l’île, Plymouth. Les stigmates de cet événement sont encore visibles alors que l’Atalante passe à quelques miles de là. L’énorme dépôt de coulée pyroclastique (cendres volcaniques et blocs rocheux) refroidie qui s’élance pour rejoindre l’océan marque l’île encore en convalescence comme une cicatrice. L’arrivée dans la soirée aux abords de Montserrat laisse le loisir à l’équipe de profiter d’un beau coucher de soleil.

Volcan de type explosif vulcanien

Cette île est l’occasion de parler un peu des volcans des Antilles. Le volcan de Montserrat, comme la majorité des volcans des Antilles, est de type explosif vulcanien. Ces volcans se caractérisent par des éruptions formant un panache de cendre et des coulées pyroclastiques qui dévalent leurs pentes. Ces coulées laissent des dépôts de cendres et de roches sur lesquelles l’eau de pluie va ruisseler et se charger progressivement de matière formant de véritables torrents de boue. Ces écoulements, que l’on appelle des lahars, vont peu à peu creuser le sol et laisser des tranchées.
Le lendemain, le navire arrivera dans les eaux de Saint-Kitts et Nevis. L’équipe n’ayant pas eu les autorisations de faire leur étude dans cette zone, les tirs sismiques seront stoppés jusqu’à rejoindre les eaux néerlandaises de Saba et Saint Eustache.

Le saviez-vous : Le terme de soufrière désigne généralement un lieu où il est possible de récolter du soufre naturel. Il est également souvent utilisé comme nom pour de nombreux volcans du monde dont six se trouvent aux Antilles.

Léo Pierre

Bouée de queue traînant un filet de DCP.

Hier, le bateau est arrivé dans les eaux néerlandaises de Saba et Saint-Eustache. Alors que le protocole de surveillance des mammifères marins venait de commencer, une voix se fit entendre dans le haut-parleur du Pc scientifique. Un dispositif concentrateur de poisson (DCP) a été repéré et le bateau va tenter de l’éviter…

Les DCP sont des filets flottants ancrés au fond de l’eau qui forment des récifs artificiels pour attirer les poissons et augmenter le rendement de pêche. Ces dispositifs, sont l’une des principales menaces pour le matériel du navire. En effet, en se prenant dedans, la flûte, la bouée de queue et les canons sismiques peuvent être endommagés. Nous avons à plusieurs reprises rencontrés des DCP (le 22/05 ), sans jamais en accrocher mais cette fois-ci c’est différent.

… L’Atalante initie un grand virage à bâbord, mais il est trop tard. Le DCP, repéré tardivement à cause des vagues formées par les vents, se prend dans la flûte. La sirène des capteurs de la salle des électroniciens retentit. Impossible de savoir les dégâts occasionnés par les filets avant de remonter tout le matériel. Tout l’équipage s’active. Les marins se rendent sur le pont arrière pour commencer à remonter les canons et la flûte. Ce processus commencé à 13h se terminera six heures après à 19h. Deux filets du DCP ont accroché la flûte et la bouée de queue. Heureusement, presque aucun dégât n’est à signaler. La mission pourra reprendre dès que l’Atalante sera revenu sur sa route. Il faudra alors remettre la flûte de 4,5km à l’eau ainsi que les canons et attendre la fin du protocole de surveillance des cétacés. À 3h30 du matin, le premier tir sismique se fait entendre et sonne la fin de cet incident, qui a fait plus de peur que de mal.

Plan d’un DCP.

Filet de DCP remonté sur le pont.

Léo Pierre

L’équipe scientifique en réunion autour des premiers résultats.

Après une semaine à explorer le nord du bassin de Grenade, l’Atalante a fait cap vers le sud. La récolte des données continue, entrecoupée de changements de route pour éviter les DCP (voir l’article du 30/05) et d’interruptions de tirs dus à la rencontre avec quelques dauphins… Les premières données du Leg1 commencent à révéler leurs secrets. Les réunions s’enchaînent pour en discuter et certaines pistes semblent se dessiner.
L’équipe dispose à présent de la géométrie globale du substratum (voir l’article « Les objectifs de départ ») de la région grâce, notamment, aux données de réfraction obtenue lors du Leg 1. Ces données permettent aux géologues de déterminer la nature de la croûte terrestre. L’équipe dispose également d’images provenant de la sismique réflexion (voir l’article « L’acquisition des données ») qui permettent de mesurer l’épaisseur de la couverture sédimentaire ainsi que les déformations enregistrées par les roches telles que des basculements ou des décalages de couches sédimentaires liés au fonctionnement de failles. L’analyse des données se poursuit afin de préparer la dernière phase (Leg 3) qui consistera à prélever directement des roches le long d’escarpements ciblés.  Cette dernière partie de la campagne GARANTI devrait permettre d’attribuer des âges et de déterminer le type de roches (exemple : calcaire de plateforme, roche volcanique, sédiments …) des couches observées sur les profils sismiques.

Léo Pierre

La récolte des données continuant pour le mieux ces derniers jours, je vous propose d’aller visiter les différents lieux de l’Atalante qui permettent à cette mission d’avoir lieu dans les meilleures conditions.
Cet article est donc le premier d’une suite de petits reportages qui chercheront à mettre en lumière le travail fourni par chacun pour que la récolte des données soit possible. De la salle des machines, à la passerelle de navigation, pénétrez au cœur du navire et de ses spécificités.
Nous commençons cette petite série avec un lieu emblématique de tous les navires, la salle des machines. Notre visite commence après avoir descendu un petit escalier donnant sur une petite salle remplie d’armoires électriques contrôlant l’ensemble de l’installation du navire. Au centre se trouve la console de commande.

Le Pc machine.

De là, les mécaniciens contrôlent les moteurs et la puissance dont peut bénéficier le navire. En gardant un œil sur les différents capteurs, ils sont capables de détecter la moindre panne ou le moindre dysfonctionnement dans le système. Lors des opérations techniques, ils sont en lien direct avec la passerelle de navigation pour allouer plus ou moins de puissance aux moteurs. Ces derniers étant électriques ils permettent à l’Atalante une meilleure manœuvrabilité en accélérant ou ralentissant promptement. Les trois moteurs de croisière, bien que démontrant une puissance de plus de 1600 chevaux chacun, ne sont pas destinés à faire des pointes de vitesses. Leur puissance est surtout utilisée pour garder une vitesse de navigation constante, ce qui est nécessaire pour la majorité des missions scientifiques comme la campagne GARANTI. Ils sont gérés électroniquement depuis le poste de contrôle, mais peuvent aussi l’être manuellement à l’aide d’un tableau électrique située au fond de la pièce.
La visite se poursuit dans la salle des machines elle-même. À peine la porte passée, le vrombissement des moteurs se fait sentir. Dans cette pièce, la chaleur se lie à l’humidité et aux odeurs de mazout pour retirer à l’air toute sa légèreté. Le vacarme assourdissant oblige le visiteur à se protéger en portant un casque antibruit. Ici, toutes les pièces mécaniques du bateau jouent de concert. Les trois gros moteurs alimentés par les transformateurs diesel dictent aux arbres de transmission un rythme régulier de rotation.

L’un des moteurs de l’Atalante.

Le propulseur avant.

Un peu plus loin, nous arrivons dans la salle du gouvernail. Ici, les deux timons bougent de façon simultanée selon les demandes de la passerelle de navigation. Ce système de direction est complété par un propulseur à l’avant du bateau. Nous terminons la visite par ce dernier qui permet à l’Atalante de réaliser des manœuvres très précises comme par exemple de se positionner exactement sur le point GPS. La plupart des navires possèdent des propulseurs fixes qui permettent aux bateaux d’avoir plus de latitude dans leurs déplacements latéraux. Cependant, celui de l’Atalante est différent. Il est capable de tourner à 360° ajoutant ainsi un niveau de précision au déplacement du navire, ce qui a rendu possibles les manœuvres délicates de récupération des OBS.

Léo Pierre

Malgré la rencontre avec des dauphins hier, et la panne du plus gros compresseur à air aujourd’hui, les profils s’enchainent dans le sud du bassin de Grenade. Je vous propose aujourd’hui un focus sur la chaine de traitement des données qui a lieu dans le pc scientifique.

Le pc scientifique est le centre névralgique de la mission GARANTI. C’est de là que sont contrôlés les canons à air, que les données sont analysées et que les décisions importantes pour la suite de la mission sont décidées. De jour comme de nuit, les scientifiques se succèdent à ces postes pour que le plus de données soient récoltées pendant le peu de temps que dure la mission. Voici un bref aperçu de ce lieu qui ne dort jamais.


Au cours de cette visite, notre chemin va suivre le parcours des données, de leur acquisition à leur interprétation. Ainsi, ce parcours commence dans la zone d’acquisition des données dont les électroniciens spécialistes de la sismique sont les garants. Ici, ils ont un œil sur tous les capteurs présents sur le matériel scientifique. Ils peuvent ainsi détecter le moindre dysfonctionnement des instruments. Ils ont également la responsabilité de déclencher les canons à airs, éléments déclencheurs de la récolte de données. Une fois acquises par l’intermédiaire de la flûte trainée derrière le navire (voir article « Acquisition des données »), les données sont sauvegardées et mises sur un serveur qui permet aux autres postes de traitement d’y accéder en continu.

Quartier des électroniciens.

La deuxième étape est le contrôle de la qualité des données. Elles subissent alors une première transformation pour pouvoir être traitées de façon plus approfondie par le poste de traitement. Dans ce dernier, les scientifiques vérifient de manière plus poussée leur qualité et cherchent à obtenir des données les plus propres possible en enlevant les artéfacts (appelés multiples) dus à la technique utilisée. C’est la phase la plus longue. Chaque profil réalisé par l’Atalante est regardé de près et différents modèles permettant d’estimer la vitesse de propagation des ondes sismiques dans le sous-sol sont testés. Bien que déjà avancé, le traitement des données prend énormément de temps et des analyses plus détaillées encore auront lieu de retour sur la terre ferme, en laboratoire.

Poste de traitement des données.

À la fin de cette phase, on obtient une image des différents réflecteurs (horizon des couches) du sous-sol et l’on peut passer aux premières interprétations. Les images obtenues sont ensuite mises sur papier à l’aide de traceurs, d’imposantes imprimantes installées à différents endroits du navire. S’en suit la phase d’interprétation dont le but de proposer des explications convaincantes de l’organisation des couches du sous-sol.

Discussion autour de l’interprétation des profils.

En plus des données de la sismique multitrace, celles du sondeur de sédiment sont également analysées. Ces dernières permettent de dresser des cartes très précises des fonds marins, mais également de trouver d’éventuels sites pour récolter des échantillons de roches durant la troisième partie de la mission GARANTI.

Poste de cartographie des fonds marins.

Enfin, le dernier poste est celui chargé de la surveillance des évènements de navigation. En effet, toutes les 30 minutes, les scientifiques notent et répertorient différents paramètres (température de l’eau, vitesse du bateau, etc.) ainsi que tout évènement survenu au cours de la récolte des données afin de garder une trace précise du déroulé de la mission.

Léo Pierre

Aujourd’hui, le bateau fait cap entre l’île de la Martinique et l’île de Sainte-Lucie pour inspecter la possible continuité du bassin de Grenade au-delà de l’arc volcanique des Petites Antilles.
L’occasion d’observer une flopée de fous bruns (Sula leucogaster), des oiseaux essentiellement maritimes qui nichent sur les îles tropicales de l’océan Atlantique et du Pacifique. Ils cherchent principalement leur nourriture dans les eaux côtières. Les fous bruns pêchent en plongeant sous la surface de l’eau, utilisant leurs ailes et leurs pattes pour s’engouffrer la tête la première sous l’océan. Ils se nourrissent surtout de poissons volants qu’ils peuvent aussi chasser en raclant la surface de l’eau pour attraper les malheureux qui en émergent. Un ballet impressionnant qui prend souvent place au niveau de la proue du navire dont la quille frôle régulièrement les oiseaux les plus téméraires plongeant sur sa route.

Léo Pierre

Fou brun (Sula leucogaster).

Fou brun (Sula leucogaster).

 

Le pont arrière de l’Atalante est l’endroit où se trouvent les 150 tonnes de matériel mécanique nécessaire à l’acquisition des données par la sismique multitrace. Un lieu souvent bruyant, mais où travaillent les mécaniciens et les matelots pour permettre aux scientifiques de faire des missions océanographiques.

Une fois passée la lourde porte menant au pont arrière, la rangée de casques pendus sur le mur de droite nous rappelle que ce n’est pas un lieu de plaisance. Ici, on travaille avec des machines qui peuvent être dangereuses. En avançant, on tombe sur la source du vacarme ambiant ; celui des compresseurs qui permettent de remplir les canons à air. Ces grosses machines tournent en permanence lors des tirs pour pouvoir tenir la cadence. Le plus gros d’entre eux à lâché ces derniers jours, heureusement qu’il y en a six autres plus petit pour prendre le relais.

Compresseur à air surnommé « La vache folle ».

Lorsque l’acquisition des données est stoppée, c’est l’occasion de remonter le matériel à bord et de passer à son entretien. En se baladant sur le pont on peut alors observer les canons à airs qui, en relâchant brusquement la pression de l’air sous la surface de l’eau, génèrent les ondes de basse fréquence de la sismique multitrace.

La flûte, longue de plus de 4,5km est elle aussi remontée à certaines occasions, ce qui nous donne le loisir de l’observer de plus près. Avec ses 720 capteurs (hydrophones), elle permet aux scientifiques d’obtenir une image de bonne qualité de l’organisation du sous-sol.

Entretien des canons à air.

La flûte composée de 720 hydrophones.

Un peu partout sur le pont, les mécaniciens et les matelots s’affairent à différentes tâches. Les joints des chambres des canons sont changés, les traces de rouille sont retirées, les câbles sont épissés, bref, l’entretien du matériel est l’une des activités quotidiennes des marins du pont arrière. Sans ces hommes, les missions océanographiques ne seraient pas possibles. Bien que physiques, ces métiers sont indispensables à l’Atalante pour que la science continue à déchiffrer les fonds marins.

Léo Pierre

Alors que l’Atalante se dirige vers le dernier transect de la deuxième partie de la mission GARANTI qui longera la ride d’Aves en faisant cap vers le nord du bassin de Grenade, je vous propose une visite des plus appétissantes…
Situées au niveau du pont inférieur du navire, les cuisines sont un endroit indispensable qui participe à prendre soin du moral de l’équipage. Ici, les soixante repas journaliers sont imaginés, confectionnés et servis trois fois par jour. Une tâche qui demande une grande organisation pour avoir assez de vivres pour les semaines en mer.


Dans les cuisines, la bonne humeur règne. Et les bonnes odeurs s’entremêlent. Ici, les personnes travaillant dans les cuisines permettent à tout l’équipage de manger à sa faim. Avec plus de neuf mois de vivres à bord, l’Atalante est bien rempli. Les chambres froides du sous-sol contiennent cinq mois de viandes et de poissons et tout autant de légumes frais et en conserve, de quoi sustenter les appétits les plus voraces.

Les réserves de nourriture.

Ces stocks sont surveillés en permanence par le personnel de cuisine. Sans supermarché à proximité, il faut sans cesse avoir un œil sur les réserves de nourriture et profiter des escales pour faire le plein de vivres. Les fruits et les légumes sont commandés deux semaines avant l’entrée au port et sont immédiatement envoyés en chambres froides. Avec toutes ces denrées, les cuisiniers élaborent des plats selon la disponibilité des aliments, en essayant toujours de proposer une grande diversité de menus. Ces derniers sont servis dans le réfectoire où tout l’équipage se réunit deux fois par jour pour déguster les plats proposés.

Léo Pierre

Alors que l’Atalante réalise son dernier transect, je vous propose de découvrir un dernier lieu qui viendra clôturer la série de petits reportages. Aujourd’hui, rendez-vous à la passerelle de navigation pour une instruction sur ce lieu où le maître mot est la sécurité de l’équipage.


Dans ce lieu bardé d’écrans qui s’illuminent la nuit, le faisant ressembler à un vaisseau spatial, le second commandant et les lieutenants de navigation se succèdent pour diriger le navire et garder un œil sur tout ce qui pourrait mettre en danger le navire. Depuis les différents postes, ils ont un œil sur la carte de navigation, sur les différents capteurs de la salle des machines, mais également sur le radar qui leur permet d’avoir une idée de tout ce qui se trouve dans un rayon de 30 km autour du bateau. Cet outil leur facilite la vie en calculant les potentiels croisements de routes avec les bateaux des alentours et les avertissant en cas de danger.

Le radar.

Rien n’est laissé au hasard et tous les appareils sont presque doublés en cas d’avarie. Même le suivi de la navigation se fait à la fois sur les ordinateurs avec les données GPS et également en reportant chaque point sur des cartes papier, comme au temps des premiers explorateurs. Ces cartes sont sans cesse mises à jour, mais certains tracés des côtes peuvent dater des années 1800, âge d’or des grandes expéditions au travers du globe.

La carte papier de navigation.

Cette multiplicité de techniques utilisées se retrouve aussi dans la manière de calculer la position géographique du navire. Comme évoqué précédemment, l’Atalante utilise bien sûr le GPS, mais on retrouve aussi un compas magnétique et même un sextant, outils reflétant, une fois de plus, la navigation des premiers périples à travers les océans.

Le sextant.

La communication est également un élément important de la passerelle de navigation. Elle se fait aujourd’hui grâce à internet et par satellite, mais les radios VHF sont toujours utilisées pour contacter les bateaux qui se trouvent aux alentours. Chaque dimanche, le matériel est testé en échangeant des messages entre les différents lieutenants des navires environnants.

Le poste de communications.

Il y a aussi la signalisation par les feux de navigation présente un peu partout sur le bateau. Ces feux sont là pour signaler aux autres navires l’état du bateau et déterminer ainsi les priorités de navigation. Pour cette mission, les feux blancs et rouges indiquent aux autres navires que l’Atalante est en « manœuvres restreintes » à cause de la flûte de 4,5 km que traine le bateau. Cela implique qu’il est prioritaire sur presque tous les navires, même les voiliers.

Le poste des feux du bateau.

La flûte pose également des problèmes au niveau du radar. En effet, elle n’est pas prise en compte par ce dernier pour les calculs de trajectoire et les lieutenants de navigation doivent rajouter un cercle égal à la longueur de la flûte autour du bateau pour vérifier qu’aucun navire ne pénètre dans cette zone.
Enfin, le pilote automatique du bateau permet à l’Atalante de tenir un cap précis, nécessaire pour réaliser les transects des missions scientifiques. De plus, il possède également un appareil permettant de garder le navire dans une position stable sur un point GPS. Une caractéristique qui a été indispensable pour les missions scientifiques.

Le pilote automatique.

Léo Pierre

Aujourd’hui, L’Atalante est de retour au port de Pointe-à-Pitre pour débarquer une partie des scientifiques et du personnel navigant et pour embarquer les nouveaux. Ce troisième et dernier leg de 7 jours sera entièrement consacré au prélèvement de roches par dragage.

Les réunions de travail se succèdent sur le bateau comme à l’université pour préparer une carte des zones à draguer susceptibles de remonter du fond de la mer des roches qui confirmeront ou infirmeront les hypothèses de travail sur la géodynamique du Bassin de Grenade. Pour définir cette carte des cibles prioritaires, les scientifiques étudient consciencieusement les profils sismiques acquis pendant les deux premiers legs.

Réunion de travail à bord de L’Atalante.

Comme dans un puzzle, chaque scientifique embarqué est une pièce indispensable pour l’interprétation des données et l’analyse des roches. Au final, ces compétences réunies participent au meilleur choix des zones à échantillonner. Le plan des sites à draguer est ensuite soumis au commandant qui évalue la faisabilité du projet en tenant compte des contraintes techniques de navigation et de la météo.

Le groupe profite de l’escale à Pointe-à-Pitre pour rencontrer l’équipe scientifique guadeloupéenne dans leurs locaux de l’Université des Antilles.

Après le repas nous suivons tous avec enthousiasme Jean-Jacques pour une dernière virée à terre avant d’embarquer. Pour quoi faire me direz-vous ? Et bien tout simplement pour parler géologie entre géologues. Ou, plus sérieusement, s’imprégner des faciès carbonatés dans une ancienne carrière de granulat non loin de Sainte-Anne.


Dans cette carrière, la partie supérieure de la plate-forme carbonatée de Grande Terre se voit particulièrement bien. La paroi verticale, vestige de l’exploitation des granulats, nous permet d’accéder à l’enregistrement géologique des variations passées du niveau marin. Un premier récif riche en Agaricia a été un temps à l’air libre et érodé à la suite d’une chute du niveau marin, lié à une glaciation intervenue il y a 1,66 millions d’années. Un second ensemble récifal à Acropara Palmata s’installe alors sur la surface d’érosion du précédent récif marquant la remontée du niveau marin. Des mouvements tectoniques récents ont ensuite fait émerger l’île.

Récif riche en Agaricia.

La surface d’érosion est également repérable sur les profils sismiques offshore et c’est grâce à une bonne connaissance de ce scénario et des roches observées à terre que les scientifiques pourront comprendre et caler les lignes sismiques et les comparer avec les roches draguées.

La sécurité à bord n’est pas une mince affaire. Le jour de notre installation Vicky, le Second capitaine, nous a convoqué dans la salle de réunion pour faire le point sur les règles de sécurité à bord.
Chacun est attentif lorsqu’elle nous explique les différentes alarmes que sont : Alerte bord, Alerte incendie et Abandon. A chaque alerte correspond un code en morse, par exemple Abandon est annoncé par 7 coups courts et un long. Elle nous explique ensuite la conduite à tenir en cas «d’homme à la mer» qui consiste à lui envoyer une bouée et donner l’alerte sans jamais le quitter des yeux.

La théorie terminée nous passons à la pratique, et là ça se corse ! Nous devons tour à tour enfiler une combinaison de survie sans aide et en un minimum de temps. Pour en avoir entendu parler, je dois bien avouer que j’avais une certaine appréhension. C’est une grande combinaison probablement en néoprène de couleur orange qui une fois enfilée et fermée est étanche. Pour les secours, un sifflet est accroché à la fermeture éclair et une balise Argos est fixée au bras.

L’exercice était à peine terminé que l’alarme « Abandon » retentit dans le navire. Nous suivons les panneaux nous indiquant la sortie de secours en direction du pont avant, mais arrivés sur le pont nous sommes quelques-uns à avoir oublié de regarder nos numéros de radeau et à errer sur la plate-forme à la recherche de notre chef de radeau ! Heureusement que ce n’est qu’un exercice.

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Le saviez-vous : Il y a également quelques codes simples à respecter, comme laisser la porte de sa cabine ouverte, que vous y soyez ou non. Elle doit être fermée uniquement lorsque vous dormez. Ou aussi, signaler au Second toute absence prolongée ou suspecte d’une personne.

Le but de ce dernier leg est de prélever du fond de la mer des échantillons de roches qui une fois analysés valideront, dans le meilleur des cas, l’hypothèse d’émersions qui auraient permis le passage de certaines faunes d’Amérique du Sud vers les Grandes Antilles au Cénozoïque.
La zone de dragage préalablement programmée et validée par le commandant (article du 16/06) peut changer plusieurs fois par jour. C’est le rôle des chefs de mission de prévoir des plans B qui évolueront en fonction de la météo mais également en fonction du contenu de la drague précédente et du temps qu’a duré l’opération. En effet, il arrive souvent que la drague reste crochée au font et que le navire soit obligé de manœuvrer longuement pour libérer la drague. De jour comme de nuit, la vie à bord est rythmée par les mises à l’eau et remontées de la drague.

Quelques notions  indispensables :

Une drague : on pourrait imaginer une énorme passoire, composée d’un anneau sur lequel sont fixées des dents en tungstène, comme celles d’un godet de pelle mécanique. Sous l’anneau est fixé un filet en grosses mailles métalliques qui réceptionne les échantillons. La drague est  attachée  à une lourde chaîne qui lui sert de lest puis un câble de plusieurs kilomètres relié au bateau.

Draguer : le moment où la drague est posée sur le fond et  tirée par le navire.

Une croche : c’est l’instant où le tensiomètre fixé sur la poulie de la drague enregistre une forte tension occasionnée par la rencontre de la drague avec un obstacle au fond.

La « fin de croche » annoncée par la  timonerie est le moment où la tension du câble chute brutalement, ce qui indique que l’obstacle a cédé. C’est à ce moment-là que l’on peut espérer avoir rempli le filet avec un morceau de roche  arraché au fond. Il faut la plupart du temps attendre une dizaine de croches pour remonter la drague avec son contenu.

Chacun peut suivre la manœuvre en cours  grâce à des écrans répartis dans les endroits stratégiques du bateau. On peut y lire la vitesse du courant, la position et la vitesse du bateau, la  vitesse du vent, la profondeur d’eau, la longueur de câble filée, et la  tension du câble qui peut varier de 2 à 20 tonnes. Toutes ces informations  sont minutieusement notées sur les Fiche de dragage tenues par le « chef de quart ».


Les quelques minutes qui précèdent la remontée de la drague  sur le pont, déclenchent une certaine  « tension ». Interdit de pont arrière le temps de la  manœuvre, les spécialistes des sédiments, des roches volcaniques ou des micro-organismes comme les foraminifères*, géologues en tous genres attendent fébrilement l’autorisation du Bosco (Chef du pont arrière) pour aller voir le contenu de la drague. C’est une surprise à chaque fois ! parfois bonne, parfois moins , comme lorsque la drague remonte des fonds 100 kilos d’argile !

*Les foraminifères sont des organismes unicellulaires marins à squelette calcaire qui permettent de dater les calcaires ou les sédiments dont ils sont extraits.

Presque 10 dragages en quelques jours et pas trop le temps de souffler pour les scientifiques embarqués. Les résultats des dragages sont hétérogènes et pas toujours très intéressants mais quel que soit le contenu remonté, il faut le laver, le classer, renseigner les fiches de dragages et répartir les échantillons entre des caisses qui partiront dans différents instituts de recherches pour des analyses plus approfondies en métropole et celles qui resteront en Guadeloupe pour alimenter la lithothèque de référence.
Au niveau du pont arrière – là où arrivent les dragues – se trouvent deux salles dites labo humide où les chercheurs disposent de tout le matériel nécessaire à des analyses préliminaires. Des paillasses avec distribution d’eau douce ou salée, une étuve, des binoculaires, une scie à roche, … et l’indispensable marteau de géologue !

Une fois lavés, les échantillons font l’objet de discussions pour déterminer l’âge ou la nature de la roche. Bien souvent, une décision est prise sur leur sort après qu’ils aient été sciés et regardés à la loupe. Pour déterminer l’âge ou l’histoire de l’échantillon remonté par la drague, il passe entre les mains de plusieurs spécialistes. Par exemple, pour dater les roches sédimentaires dures comme les calcaires ou meubles comme des marnes ou des argiles, il faut chercher les microfossiles (foraminifères, ptéropodes, radioles d’oursins, radiolaires,…) pour identifier et classer les différents foraminifères planctoniques ou benthiques à l’aide d’une loupe binoculaire. La présence ou l’absence d’espèces dans un échantillon va permettre de le dater, sachant que chaque espèce a vécu à une période déterminée. Plus il y a d’espèces dans un échantillon, plus la datation sera précise par recoupement.
légende : foraminifères, ptéropodes, radioles d’oursins, radiolaires,…

Foraminifères, ptéropodes, radioles d’oursins, radiolaires, …

L’observation de la structure interne des roches calcaires donne également une indication sur l’environnement dans lequel elles se sont formées, en particulier la profondeur de dépôts en identifiant les familles de coraux fossiles (article du 17/06/2017). Une reconstitution des mouvements tectoniques verticaux est également possible en observant les figures de karstification (micro grottes) formées par dissolution du calcaire. En effet, lorsque la roche a émergé à un moment de son histoire, des trous se sont formés, puis à l’occasion d’une nouvelle immersion, ces cavités se sont remplies de boue et de foraminifères. Mais aucune conclusion sérieuse ne peut-être possible sans étude des lames minces. La description macroscopique des roches volcaniques remontées permet dans un premier temps de décrire la nature des minéraux, leur quantité et leur taux d’altération. Dans un deuxième temps, les analyses chimiques faites à terre permettront de caractériser les laves et trouver des analogies avec d’autres laves de l’arc des petites Antilles.

Le saviez-vous : pour extraire les microfossiles d’une roche sédimentaire meuble, on la met à tremper dans une solution d’eau pure et d’eau oxygénée, ce qui permet par un processus physico-chimique à l’argile en suspension de s’agglomérer en plus grosses particules et ainsi libérer les microfossiles. Ensuite, la solution est lavée sur une série de tamis de différents calibres jusqu’à ce qu’il ne reste que les fossiles qui seront séchés dans l’étuve puis triés.

L’Atalante rentre au port de Pointe-à-Pitre pour mettre un point final à la mission en mer GARANTI. Les échantillons et les scientifiques vont rejoindre leurs laboratoires pendant que l’équipage continuera son chemin vers de nouvelles aventures scientifiques, dans la région de Saint-John’s au Canada.

Vendredi soir les chefs de mission ont offert un apéritif bien agréable sur le pont arrière pour remercier et dire au revoir à chacun. Nous en avons profité pour discuter, essentiellement de la mission 😉 dans une ambiance tranquille de coucher de soleil au milieu de l’océan et découvrir la surprise qu’Aurélien nous avait préparé ! de belles tranches de roches revenues des fonds, vernies et estampillées «Ride d’Aves – Mission Garanti – Juin 2017» … saura-t’on un jour si les ancêtres d’Amblyrhiza inundata y ont jamais posé les pieds !

Cette mission océanographique sur l’Atalante n’est possible qu’avec la participation de nombreux métiers qui se complètent. Du commandant aux scientifiques en passant par les cuisiniers, cet article sera enrichi au fur et à mesure de la mission et tentera de faire un tour d’horizon de toutes les professions présentes à bord.